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Rapport de Shimon Samuels et Alex Uberti

Paris, le 29 janvier 2026

L’Observatoire Al-Azhar pour la lutte contre l’extrémisme (AOCE), organisme affilié à l’université Al-Azhar du Caire, a tenu la semaine dernière une réunion à la Chaire Anawati de l’Institut dominicain d’études orientales, avec semble-t-il le soutien de l’Union européenne, afin de promouvoir « la paix et le dialogue en mettant l’accent sur les problèmes auxquels sont confrontées les communautés musulmanes en Italie ».

Entre autres objectifs, le principal consistait à dénoncer « l’islamophobie » en se concentrant sur « l’image déformée du concept de djihad dans la mentalité européenne » ! Ainsi, la méfiance occidentale envers l’islam radical, après des décennies de terrorisme perpétré au nom de la « guerre sainte », serait le fruit de la « mentalité déformée » de ses victimes ? L’islamophobie ne serait donc pas suscitée par une propagande extrémiste continue contre les « infidèles » et les Juifs ?!

Les intentions déclarées de l’AOCE sont de « surveiller les idéologies extrémistes à l’échelle mondiale » et de « démanteler les discours extrêmes de leur contexte géographique et linguistique ».

Néanmoins, cet organisme semble également minimiser et sous-estimer l’impact de l’incitation à la haine et à la violence qui émane de plusieurs instances arabo-musulmanes, dont Al-Azhar est l’une des plus éminentes.

Par exemple, le Pr Ahmad Al-Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, évoque « l’extrême contraste entre le judaïsme en tant que religion divine et le sionisme en tant que mouvement colonialiste de peuplement raciste… ». En bref, il implique que « la religion divine » n’aurait le droit d’être pratiquée librement dans aucun foyer et par aucun peuple.

De telles insinuations inquisitoriales sont répétées de manière constante sur le site de l’AOCE. Ce langage diffamatoire comprend la désignation d’Israël comme « entité sioniste », l’accusation selon laquelle « le sionisme est une peste », qu’il a « véritablement un visage sanguinaire », que « ses forces terroristes dénient toute valeur de moralité et d’humanité », et même qu’elles ont « commis leurs crimes en s’appuyant sur certains de leurs textes religieux extrémistes »...

De qui, d’où et de quels textes parlent-ils réellement ici ?

Dans un discours de septembre 2024 intitulé « Le sionisme : ennemi de la paix », le Pr Mohamed El-Dewini, adjoint de l’imam, affirme que « le retour d’Al-Aqsa [Jérusalem] aux musulmans est une question réglée, dont le moment nous est dissimulé, et peut-être cela se produira-t-il bientôt, si Dieu le veut » ! Cela ne nous rappelle-t-il pas la manière dont le Hamas a appelé son attaque génocidaire du 7 Octobre « opération Déluge Al-Aqsa » ? L’objectif déclaré en était d’atteindre et de conquérir Jérusalem !

Dans ce même discours, M. El-Dewini ajoute une appropriation culturelle en déclarant qu’« Abraham n’était ni juif ni chrétien, mais un bon musulman ». À la lumière de ces paroles, quel sens donner aux accords d’Abraham pour la paix et la normalisation ?

Sur la page Facebook de l’AOCE, l’ensemble du territoire d’Israël est recouvert d’un keffieh palestinien, avec cette légence : « La Palestine restera arabe. » Cela revient explicitement à nier toute légitimité existentielle juive, à moins que les Juifs ou d’autres ne deviennent des subordonnés. Non merci !

Le même compte Facebook relaie une citation de l’anthropologue égyptien Gamal Hamdan, qui délégitime l’État hébreu en reprenant le trope antisémite selon lequel les Juifs d’aujourd’hui n’auraient aucun lien ancestral avec l’ancien Israël – selon ses propres termes : « aucune relation religieuse, historique ni biologique » –, justifiant ainsi la haine et le ressentiment.

Le site « érudit » de l’AOCE cite en outre un article d’un site d’extrême gauche, daté du 7 octobre 2024 [sic !], rédigé par un étudiant alors en premier cycle. Sous couvert « d’examiner la pratique du ‘‘deux poids deux mesures’’ », celui-ci conteste l’utilisation par le Hamas de la violence sexuelle comme arme et met en doute de nombreux rapports, entretiens et témoignages relatifs à cette atrocité. Ce faisant, l’Observatoire Al-Azhar exploite une source occidentale douteuse pour blanchir de facto une part significative de la barbarie terroriste.

Ces exemples font partie de nombreux autres qui ne correspondent pas au « refus de l’extrémisme et de la violence » proclamé par Al-Azhar, mais qui confirment son hypocrisie – ou, au mieux, son ambiguïté. Ce qui pourrait être perçu comme une propagande à visée génocidaire à l’encontre d’Israël, du peuple juif, de son histoire et de son identité.

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Shimon Samuels est directeur émérite des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal
Alex Uberti est chef de projet de CSW-Europe

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