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Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Times of Israel
le 16 mai 2021
https://blogs.timesofisrael.com/from-corona-lockdown-and-ambulances-to-sirens-rockets-and-shelters/

Le palier euphorique vaccinations-fin des masques – un indice de normalité – s'est muté en clameurs de sirènes et de guerre. L’équation, c’est le saut bipolaire effectué en 48 heures, de Yom HaZikaron (Jour du souvenir) à Yom Ha'atzmaut (Jour de l’indépendance), mais en sens inverse.

Mon unité de réserve de l’armée était le Corps d’éducation avancée du Bureau de formation de Tsahal. En temps de paix, nous tenions les troupes occupées avec des conférences non militaires. En temps de guerre – comme en 1978, lors de l’opération Litani (l’incursion au Sud-Liban déclenchée par les massacres de bus sur une route côtière par l’OLP) –, nous passions d’un bataillon à l’autre pendant une interruption des bombardements. Là, notre rôle, tels des psychologues ou des rabbins, consistait à aider les soldats à décompresser, pour remonter le moral des troupes.

En 1991, le tout premier vol soviétique entre Moscou et Tel-Aviv attendait le feu vert du départ. La veille, l’Agence juive avait préparé les passeports du groupe russo-ukrainien émigrant. J’ai demandé à une dame : « Que pensez-vous d’arriver en Israël quand Saddam Hussein risque d’attaquer ? Vous devrez porter un masque contre les toxines chimiques. »

Elle m’a répondu : « Toxine ? Je suis de Tchernobyl ! » Un vieux monsieur a répondu à la même question : « Gaz toxique ? J’ai survécu à Auschwitz ! »

Pendant le vol, on a donné à chacun d’entre nous un masque à gaz avec des instructions sur la façon de l’utiliser. À l’arrivée à l’aéroport de Lod, notre avion était le seul à avoir atterri ce soir-là. Le lendemain, ma femme – alors directrice de l’Association de secours médical Hadassah – prenait l’avion pour le seul vol au départ de Paris, avec son président français.

La guerre a éclaté. Enfilant mon masque à gaz, j’ai pensé à feu ma chère mère, qui avait été gardienne de sirène pendant le Blitz de Londres. Mon jouet le plus précieux était le masque à gaz qu’elle avait conservé depuis cette époque.

En 1994, le Centre Wiesenthal avait dressé une liste, compilée par Kenneth Timmerman, sur The Poison Gas Connection. Cette liste répertoriait les entreprises – principalement allemandes et italiennes – qui avaient fourni à Saddam Hussein l’équipement nécessaire à la construction des missiles Scud et à la production des agents chimiques utilisés plus tard contre les Kurdes.

Trente-neuf Scuds se sont abattus sur Israël. Pour la première fois dans l’histoire de l’État, nous n’avons pas été en mesure de riposter, car le président Bush n’aurait pas voulu partager les codes IFF [des codes d’identification ami/ennemi] des États-Unis, estimant qu’une contre-attaque israélienne lui ferait perdre ses partisans arabes, et brisant ainsi la coalition.

Notre rapport est devenu le thème principal des sessions de mon unité dans les bases militaires à travers le pays, sous les sirènes, les abris et les missiles sol-air Patriot, sans doute de piètres précurseurs du Dôme de fer d’aujourd’hui.

Avec le désengagement de Gaza décidé par Ariel Sharon, en 2005, les colonies juives ont été évacuées, laissant en place leurs infrastructures. C’était un test pour un Gaza autonome, rejeté par les Palestiniens, qui ont vandalisé les entreprises maraîchères et florales et les serres.

En 2014, l’opération « Bordure protectrice » – dernier chapitre avant l’engagement actuel – s’est achevée sans résolution. Une guerre de cinquante jours contre le Hamas, qui a lancé quelque quarante mille roquettes. Les sirènes retentissaient pendant que des missiles tombaient sur les villes frontalières de Gaza, forçant leurs citoyens à courir constamment se réfugier en quelques secondes dans les abris.

Je me demande souvent ce que sont devenus la femme ukrainienne et l’homme russe du vol de 1991. Une fois débarqués, ils ont embrassé le sol d’Israël avant d’enfiler leurs masques. Quel peuple remarquable nous sommes. Résilients face à l’adversité, dans un monde qui respecte, un peu à contrecœur, notre campagne de vaccination, mais qui voit notre légitime défense d’un mauvais œil. Nous sommes sur le point de retourner dans notre abri et j’ai en tête une chanson du ghetto de Varsovie : Mir Seinen Du – « Nous sommes là ! ».

Shimon Samuels est directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal.