« Il semblerait que vous ayez signé la préface d’un livre sur les revendications de Jérusalem, édité par votre ministre de la Culture. Entre autres calomnies, il y est indiqué que ‘‘les Juifs contrôlent les médias, les journaux et les maisons d’édition des Etats-Unis et de l’Occident’’. C’est une déclaration scandaleuse qui exige des excuses. » 

« Nous vous avons lancé des appels, restés sans réponse, pour que vous condamniez les semeurs de haine et que vous retiriez votre parrainage du Salon du livre de Doha et du stand qatari de la Foire du livre de Francfort. Ce silence de votre part vous a valu en 2014 et 2015 notre médaille du ‘‘Pire délinquant’’. » 

« Votre indifférence et votre apparent assentiment vont assurément à l’encontre des principes de l’Unesco, organisation dont vous briguez la direction. »

Paris, le 6 octobre 2017

Dans une lettre adressée à l’ancien ministre qatari de la Culture, Hamad Bin Abdulaziz Al-Kawari – candidat à l’élection imminente de directeur général de l’Unesco –, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels, lui rappelait les diverses protestations qu’il lui avait adressées « relatives à la littérature haineuse exposée au Salon du livre annuel de Doha, ainsi que la médaille du ‘‘Pire délinquant’’ que nous vous avions attribuée en 2014 et 2015 pour les textes antisémites présentés sur le stand qatari de la Foire du livre de Francfort. Vous avez de ce fait enfreint vos engagements contractuels à l’égard de cette foire, qui interdit l’incitation à la haine et à la violence ».

Doha bookfair 2016j

La lettre se poursuivait en ces termes : « Nous vous avions demandé, en votre qualité de président du Salon du livre de Doha, d’en retirer votre parrainage et de mener une enquête pour sanctionner les responsables qui sèment les graines de la xénophobie, de la violence et des conflits dans ce monde où le terrorisme est en pleine expansion. Monsieur le Ministre, vous n’avez jamais daigné nous répondre, ce qui suppose donc, au mieux, que cette question vous indiffère ; au pire, que vous l’approuvez. »

« Plus inquiétant encore est le livre du dénommé ‘‘conseiller à l’Unesco pour le patrimoine culturel immatériel de Syrie’’, Mohammed Kujjah : Jerusalem in the Eyes of the Poets (« Jérusalem aux yeux des poètes »), publié par votre ministère de la Culture en 2013, et dont la préface serait signée de vos mains.

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Le livre Jerusalem in the Eyes of the Poets, ministère de la Culture, Qatar.

- Le premier paragraphe de cette préface relate Jérusalem sous domination musulmane.

- Le deuxième remémore Jérusalem sous occupation (les croisades et Israël).

- Le troisième : ‘‘… Nous prions Dieu de la libérer de l’occupation et pour qu’Il incite les musulmans à la libérer… Le lien qui unit Jérusalem aux Juifs est un mythe révélé par [le négationniste français] Roger Garaudy.’’

- Le livre prétend qu’‘‘Israël est responsable de la guerre civile au Liban, des première et seconde guerres du Golfe ; de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan ; de l'agitation au Soudan et en Egypte’’, etc.

- Et, le plus troublant : ‘‘Les Juifs contrôlent les médias, les journaux et les maisons d’édition des Etats-Unis et de l’Occident.’’

Avec un tel langage, Monsieur le Ministre, vous avez sans nul doute enfreint les principes de l’Unesco. »

M. Samuels soulignait qu’Al-Kawari tentait de courtiser les dirigeants juifs aux Etats-Unis et en Europe pour qu’ils soutiennent sa candidature à la direction générale de l’Unesco.

Le Centre a découvert que, « simultanément, le Dr Ali al-Qaradaghi, secrétaire général de l’Union internationale des oulémas musulmans, donnait, le 8 septembre dernier, un sermon dans une mosquée allemande. Il devait discourir de l’éthique du Prophète de l’islam. Mais en fait, il a repris son article de février 2015 intitulé Global Terrorism – An Analytical Study (‘‘Le terrorisme global – une étude analytique’’), sous-titré ‘‘La Torah et la violence’’ », réitérant l'accusation de meurtre rituel contre les Juifs du Moyen Age.

La lettre indiquait que « le supérieur hiérarchique d’Al-Qaradaghi n’est autre que Yussef Al-Qaradawi, un antisémite et christianophobe notoire, dénommé ‘‘l’imam de la chaîne Al-Jazeera’’, qui a prononcé des fatwas pour justifier le terrorisme et chargé l’islam de conquérir d’abord Rome, puis Jérusalem ».

Le Centre priait instamment le ministre « de présenter ses excuses au peuple juif pour les calomnies qu’il aurait proférées, d’user de son autorité pour condamner nommément les semeurs de haine mentionnés ci-dessus, et de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de leurs sources de poison ».

« Si vous continuez de disculper ce racisme qatari, votre campagne risque de représenter un danger pour l’image de l’Unesco, car qui approuve le langage de Goebbels ne doit pas diriger ce qui est considéré comme l’arme intellectuelle des Nations unies », invoquait M. Samuels.