Traduction de l’éditorial de Shimon Samuels paru dans The Times of Israel
Le 3 novembre 2017

http://blogs.timesofisrael.com/a-balfour-centenary-documents-do-not-create-nation-states-nations-do/

Le concept de « nation » n’a pas de définition universelle, mais il se caractérise comme « une population qui partage, inter alia, une histoire commune, des traditions, une langue, un territoire et, parfois, une foi ».

Les nations italienne, allemande et polonaise ont eu une existence virtuelle alors qu’elles étaient atomisées en principautés ou scindées sous occupation étrangère. La guerre n’a cessé de déplacer les frontières des nations française et russe. Les Britanniques ont existé bien des siècles avant le regroupement d’une Grande Bretagne. Chacune de ces « nations » a accru son pouvoir en en occupant d’autres avec une politique du « diviser pour mieux régner ».

C’est ainsi que naquit en 1917 la déclaration Balfour – fort appréciée du mouvement juif de libération nationale sioniste nouvellement créé –, mais la politique coloniale anglaise offrait des promesses antagonistes à tout allié potentiel du moment : aux musulmans et aux hindous dans le Raj indien, aux « Juifs palestiniens » et aux leaders arabes en Arabie.

Au beau milieu d’une guerre contre les empires prussien, austro-hongrois et ottoman, la France, l’Angleterre et la petite Belgique ont façonné l’Afrique en traçant des lignes sur des cartes, tranchant ainsi arbitrairement dans les territoires tribaux ou dans les « protonations ».

Au Moyen-Orient, sous le couvert de « mandats », la France s’est approprié la Syrie, détachant une enclave chrétienne autour du mont Liban. L’Angleterre a obtenu l’Irak et la Palestine, avec des intérêts dans le golfe Persique.

La déclaration Balfour allait être abandonnée quand l’est de la Palestine – appelée alors Transjordanie, aujourd’hui Jordanie – fut découpée et, conjointement avec l’Irak, donnée aux leaders tribaux arabes hachémites en compensation pour l’octroi de la péninsule arabique aux chefs tribaux arabes saoudiens.

Lors de la « décolonisation » du Moyen-Orient après la Deuxième Guerre mondiale, ces mandats et « dominions » devinrent des « Etats ». La souveraineté ne fut plus fonction du statut de nation. Le même processus s’est répété avec la décolonisation de l’Afrique, dans les années 1960. Une majorité croissante de membres des Nations unies furent baptisés « Etats-nations », avec une revendication fragile au statut de nation. En fait, on aurait dû les considérer comme des « Etats multinationaux ».

Le statut de nation juive, fondé sur une histoire commune, des traditions, une langue et une foi, existe depuis des millénaires, bien que son territoire ait connu diverses vagues d’occupation étrangère et que son peuple ait été atomisé en multiples exils, desquels une partie épargnée s’acharnerait à retourner en « terre d’Israël » – même s’il s’agissait encore d’une terre « virtuelle ».

Le terme « Palestine », terre des Philistins, fut imposé par l’occupant romain pour punir la révolte juive. Sous la chrétienté, cette dénomination a perduré, mais sans jamais représenter une « nation ». Sous mandat britannique, les seuls « Palestiniens » étaient les Juifs. Hormis l’élite urbaine, l’administration britannique considérait la plupart des Arabes, à l’instar de Lawrence d’Arabie, comme les membres de tribus bédouines. Le concept d’« Arabe palestinien » s’est développé en réaction à la présence juive grandissante.

Cette image d’une identité arabe palestinienne autochtone semble préfigurer l’actuelle usurpation d’identité du patrimoine juif et chrétien endossée par l’Unesco pour justifier une Histoire palestinienne.

En 1947, la résolution onusienne de « la partition de la Palestine » a une fois de plus grignoté le territoire envisagé par Balfour pour une nation juive. Si les leaders arabes avaient alors accepté cette résolution, comme l’a fait l’Agence juive, le gouvernement naissant d’Israël, deux peuples célébreraient l’année prochaine leur 70e Fête de l’indépendance.

La déclaration Balfour est mentionnée dans la Déclaration d’indépendance d’Israël de 1948. La condition préalable de Lord Balfour, que « rien ne sera fait qui porte atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives de Palestine… », reçoit effectivement une réponse dans la Déclaration d’indépendance : « Nous invitons les habitants arabes du pays à préserver les voies de la paix et à jouer leur rôle dans le développement de l’État sur la base d’une citoyenneté égale et complète et d‘une juste représentation dans tous les organismes et les institutions de l’État, qu’ils soient provisoires ou permanents. »

Le centenaire de la déclaration Balfour est célébré par la nation juive comme le signal indiquant le retour à sa souveraineté et à sa géographie. Tout comme l’Egypte, la Grèce et la Chine – malgré de fréquentes occupations étrangères –, la nation juive n’a jamais disparu de l’Histoire.

Balfour a offert un « foyer national ». La nation est ainsi rentrée à la maison. Les Etats-nations ne sont pas issus de documents… mais des nations elles-mêmes !