Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans le Jerusalem Post

le 1er décembre 2016 :

http://m.jpost.com/#article=6022QzhCRTUzN0U1MENENDgwRTIyMDgwOEUzODY3OEE0QTI=

Vous rappelez-vous la chanson folk antimilitariste des années 1960, « La nuit dernière, j’ai fait ce rêve des plus étranges, j’ai rêvé que le monde avait pactisé pour mettre fin à la guerre » ? Elle vient d’être souillée par un sosie dans l’esprit du 1984 de George Orwell.

En juin 2016, la France invitait 25 États européens et arabes, plus les États-Unis, à se réunir une demi-journée pour trouver une solution au conflit du Moyen-Orient. Cette réunion, annoncée comme « l’initiative de paix française », excluait Israël des négociations.

À l’image de l’accord de Munich de 1938, conclu derrière le dos d’une Tchécoslovaquie sacrifiée, « la paix de Paris 2016 », une paix dont Israël devait payer le prix, semblait plutôt présager la guerre.

La France ambitionne d’organiser une brève mais impitoyable conférence pour approuver un projet de résolution auprès du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette résolution reconnaîtrait la souveraineté palestinienne et exigerait le retrait israélien, dans un délai d’un an, vers les lignes d’armistice de 1949 – frontière qui fut effacée lors de l’invasion égypto-jordano-syrienne de 1967.

La réponse française à la victoire d’Israël fut, à cette époque, une insulte proférée par le général de Gaulle, qui catalogua les Juifs comme « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », insulte suivie d’une politique pro-arabe constante, encourageant les entreprises françaises à adhérer au boycott arabe.

En fait, alors qu’elle milite pour la paix, la France déclarait, la semaine dernière encore, son appui à une campagne de l’Union européenne pour le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) contre les produits israéliens fabriqués en-deçà des lignes d’armistice de 1949. Un boycott qui évoque le slogan nazi « Kauft Nicht Bei Juden ! » (« N’achetez pas chez les Juifs ! »). Certains avancent que l’impopulaire président Hollande, candidat peu probable à sa réélection, et le président Obama en fin de mandat partagent le même intérêt : tous deux aspireraient à assurer leur succession.

La feuille de route consiste alors en une résolution préparée par la conférence internationale organisée à Paris, qui doit être votée par les quinze Etats membres du Conseil de sécurité dans les cinquante jours qui précèdent l’intronisation du président Trump, le 20 janvier prochain.

Si elle n’est pas rejetée par l’habituel veto américain, qui s’applique à chaque fois que les intérêts vitaux d’Israël sont en jeu, cette résolution fera d’Israël un État paria, passible de sanctions.

Cette semaine, on a pu lire deux messages qui coïncident douloureusement, l’un paru dans le New York Times : un éditorial de l’ancien président Jimmy Carter ; l’autre, ce sont des remarques du secrétaire d’État sortant John Kerry adressées au Women’s Foreign Policy Group (Groupe des femmes des Affaires étrangères), à Washington. Tous deux sont des indicateurs du ce scénario franco-américain.

La future administration Trump voudra peut-être révoquer cette résolution pour cause de profanation renégate de la politique américaine, mais elle ne trouvera pas de voix pour rebrousser chemin.

Avec la dangereuse panoplie de conflits au Moyen-Orient et leur répercussion terroriste en France, on peut se demander pourquoi Paris est tellement obsédé par Israël. Est-ce un syndrome subliminal de Vichy dans ce qui a trait aux Juifs de France ? Ou le motif en est-il démographique, avec un espoir socialiste de recueillir les votes de millions de musulmans aux prochaines élections et d’améliorer l’image d’acteur de premier plan à laquelle la France aspire ?

Et qu’en est-il des motivations d’Obama ? Est-ce pour faire un pied de nez à Bibi et à Trump tandis qu’il préserve, d’une part, un héritage, et, d’autre part, la nouvelle étape de sa carrière politique ? En tant que nouveau locataire d’une maison type château à Washington, il s’assure un avenir dans le centre du pouvoir.

En un mot, il s’agit d’un diktat imminent sur Israël qui décourage les Palestiniens de concéder quoi que ce soit pour l’édification de la paix, alors qu’il suscite davantage de violence contre les cibles juives en Israël et dans la diaspora, et qu’il renforce la perception arabe qu’Israël est un pays éphémère. Ce qui ouvre la voie à une politique, non de salaam (paix), mais de « salami » – d’attrition morceau par morceau.

La feuille de route de l’initiative « de paix » française au Moyen-Orient n’est pas un plan de paix, car elle s’achève dans un abîme.

La nuit dernière, j’ai fait un rêve des plus étranges, mais c’est avec un cauchemar que je me suis réveillé.