Evian-les-Bains, le 11 juillet 2018

Un rassemblement international d’experts s’est tenu à Evian à la date du 80e anniversaire de la fameuse conférence de 1938 sur les réfugiés juifs fuyant le nazisme. Le directeur des Relations internationales du Centre Wiesenthal, Shimon Samuels, y était invité en tant que conférencier principal.

A l’origine, la conférence de l’avant-guerre devait avoir lieu à Genève, plaque tournante de la diplomatie, mais, en raison de la prétendue neutralité de la Suisse, elle avait été délocalisée de l’autre côté du lac, dans la commune française d’Evian-les-Bains.

« L’Evian revisité » d’aujourd’hui, ou « Evian II », comme la surnomme M. Samuels, a été organisée par Elihu « Hugh » Baver, du New Hampshire (Etats-Unis), et parrainée par plusieurs membres de la Lantos Foundation for Human Rights and Justice. Elle s’est tenue à l’Hôtel Royal, sur le même site qu’« Evian I ».

Points clés de l’allocution de Shimon Samuels

11 July 2018 1Sur le présentoir de droite se trouve la liste originale des diplomates inscrits à la conférence de 1938.

 « La conférence de 1938 a signé un arrêt de mort :
- elle a confirmé l’argument d’Hitler que personne n’accueillerait les Juifs où que ce soit ;
- elle a mis en place la stratégie d’apaisement signée à Munich quelques semaines plus tard ;
- elle a justifié le Livre blanc britannique qui a fermé les portes de la Palestine mandataire aux Juifs ;
- elle a conféré une certaine validité à la conférence de Wannsee de 1942, qui a répertorié pays par pays le nombre de Juifs à assassiner, soit au total plus de onze millions. »

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« Des trente-deux pays représentés, trente et un ambassadeurs ont pris la parole pour expliquer pourquoi ils n’accueilleraient pas de Juifs. Un seul, la République dominicaine, a offert cent mille visas à des fermiers allemands juifs célibataires. Ceux-ci devaient épouser des femmes dominicaines. Il y avait très peu d’agriculteurs parmi les Juifs, mais quelque cinq cents d’entre eux ont pu émigrer après que la guerre eut éclaté – c’étaient les derniers Juifs à pouvoir quitter l’Europe.

« A leur arrivée, on les a envoyés à Sosúa, un village côtier. Ils y ont fondé deux coopératives, l’une laitière, l’autre pour la production de viande. »

En 1971, M. Samuels faisait des recherches sur les programmes israéliens d’assistance technique au Costa-Rica, au Guatemala, au Panama, en Haïti et en République dominicaine. A Saint-Domingue, il a entendu parler de l’histoire de Sosúa, où il a pu interviewer des dirigeants de la communauté juive. Ses observations ont été publiées dans l’édition 1972 de l’American Jewish Year Book (voir le lien vers son rapport), sous le titre : Sosua: Moshav in the Caribbean (« Sosúa : un moshav aux Caraïbes »).

De Sosúa, au nord du pays, il a continué sa route vers Azua, au sud, où une équipe israélienne spécialisée en installations rurales formait des campesinos (des fermiers) à la gestion coopérative. M. Samuels est arrivé juste à temps pour rejoindre cette équipe, qui était sur le point d’achever la construction d’une petite église.

Il leur a confié : « Ce voyage de Sosúa à Azua m’a bouleversé car il représente un parcours symbolique :
- en 1938, des conditions d'impuissance totale des Juifs...
- ... jusqu’en 1948, où ils ont retrouvé leur histoire, leur géographie et leur souveraineté…
- et jusqu’à ce jour, où une équipe d’assistance technique dépêchée par l’Etat d’Israël est en train de construire une église pour des campesinos dominicains… »

« La semaine dernière, le Bahreïn accueillait le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco –institution qui est devenue le champ de bataille de l’usurpation de l’histoire juive et chrétienne.

« Nous y avons pourtant défendu la cause de Moises Ville, un village fondé en 1889 par l’ICA (la Jewish Colonization Association) du baron de Hirsch à l’intention des migrants juifs fuyant les pogroms de Russie et d’Ukraine.

« Nous avons présenté la candidature de Moises Ville sur la liste du Patrimoine mondial, en reconnaissance à l’Argentine qui a accueilli et absorbé des réfugiés juifs qui, à leur tour, lui ont rendu la pareille en devenant des citoyens loyaux et productifs…

« Après ma présentation, l’ambassadeur dominicain m’a demandé : ‘‘Pourquoi pas Sosúa ?... ‘‘Oui, pourquoi pas ? Car ces exemples d’assimilation réussie ne se sont pas arrêtés au stade de l’admission, mais ont franchi un pas de plus jusqu’à l’intégration. Ce sont des modèles à suivre, les pratiques les meilleures pour les défis d'aujourd'hui.’’ »

M. Samuels a annoncé avoir conclu un accord au cours de cette conférence « Evian II » : « travailler en collaboration avec un vétéran de Sosúa, Edith Meyerstein, pour obtenir le soutien du gouvernement dominicain afin que débute une campagne de candidature de Sosúa sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. »

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Shimon Samuels avec Edith Meyerstein et Elihu Baver.

Une plaque a été apposée au mur de l’hôtel pour commémorer la conférence de 1938.

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« Evian délivre un autre message… la justification incontestable d’un Etat juif… le Juif errant a dorénavant un chez-soi… il n’y a plus de réfugiés juifs… pour les Juifs, il ne pourra jamais plus y avoir un autre Evian », concluait M. Samuels.

Sosua.pdf