« Trouble psychotique chronique, schizophrénie… addiction ancienne au cannabis… incapacité à se conformer aux normes sociales, impulsivité, irritabilité, agressivité, irresponsabilité… propension à la violence… inaccessible à une sanction pénale… »

Paris, le 15 juillet 2018

Le 28 février, la juge d’instruction chargée de l’affaire du meurtre sauvage de Sarah Halimi, une femme médecin âgée de 65 ans, avait accepté l’expertise psychiatrique estimant que le meurtrier était apte à subir son procès. Le meurtre avait été perpétré le 4 avril 2017.

En outre, l’acte de Kobili Traoré – il avait roué sa victime de coups de couteau puis l’avait défénestrée du haut de son balcon parisien du 3e étage, en criant « Allahu Akhbar » – avait été reconnu comme un acte à caractère antisémite.

Le 18 juin, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels, avait écrit au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, déplorant que « l’actuel système de protection soit inadéquat ». Il avait protesté contre l’agression d’une jeune étudiante par trois Nord-Africains devant son école juive, constatant le retrait de la présence militaire devant les synagogues, les écoles juives et autres institutions.

La lettre avait aussi reproché la « porte tournante » accordée par les juges aux jeunes agresseurs islamistes qui s’en prennent aux Juifs et à leur propriété.

Mais ce qui est le plus grave, soulignait M. Samuels, c’est le déni du « caractère antisémite » lié au terrorisme contre les Juifs. Il faisait état de « la réticence des tribunaux à reconnaître la nature antisémite de ces actes – réticence qui a pour conséquence de protéger leurs auteurs contre des sanctions pour circonstances aggravantes – qui s’apparente à une ‘‘dissimulation’’ et qui engendrerait des délais supplémentaires ».

Le 11 juillet, la juge d’instruction présentait une deuxième expertise conclue par trois psychiatres, affirmant que le meurtrier « n’était pas conscient de ses actes au moment des faits et son discernement était donc aboli ». Ce qui revient à le déclarer inapte à être jugé… « Le sujet souffre d’un trouble psychotique chronique, vraisemblablement de nature schizophrénique, faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural. Il souffre par ailleurs d’une addiction ancienne au cannabis. » Il dispose également d’une « personnalité pathologique antisociale » (incapacité à se conformer aux normes sociales, impulsivité, irritabilité, agressivité, irresponsabilité...) et d’une propension à la violence. Il est « inaccessible à une sanction pénale ».

M. Samuels, dans sa lettre à Gérard Collomb, lui avait demandé de s’entretenir avec son confrère ministre de la Justice pour que « de telles atrocités – comme ipso facto tous les crimes haineux – soient immédiatement reconnues comme telles. Toute procédure qui excuse la violence sous prétexte de troubles mentaux incitera d’autres assaillants à passer à l’acte ».

La juge a demandé qu’une troisième expertise soit réalisée, différant la procédure à l’automne prochain.

« Si tous les psychotiques ont le droit de commettre des violences contre des Juifs en restant impunis, il y a bien plus d’antisémites que nous ne l’aurions cru ! » … « Cela rend-il, indirectement, les Juifs responsables des psychoses ? », concluait M. Samuels.