Editorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 4 septembre 2018
www.jpost.com/Opinion/The-kidnapping-of-British-Labour-566500

Le destin du Parti travailliste concerne bien évidemment les Juifs, mais ce n’est pas un problème juif.

Je viens de passer quelque temps à Londres pour consulter des dirigeants parlementaires, tant de la Chambre des communes que de la Chambre des Lords, aussi bien travaillistes que conservateurs, dans un palais de Westminster étrangement silencieux, qui se réveille maintenant de son congé estival.

Voici une rétrospective de leurs opinions :

Pour l’électeur travailliste traditionnel, l’attention qu’il porte au facteur juif/sioniste dans l’identité du Parti travailliste demeure toujours, nous l’espérons, marginale.

De nombreux autres électeurs peuvent voter travailliste pour le simple fait qu’ils se lassent du carnage et du chaos qui règnent chez les conservateurs actuellement au pouvoir.

Il est cependant évident qu’une victoire de Corbyn à une future élection sera considérée comme un désastre pour les Juifs britanniques. Et s’il perd, ce sont tout de suite les Juifs qu’on accusera.

Comment résoudre ce dilemme ?

Le « Nouveau Parti travailliste » blairiste est remplacé par une machine manipulée par le mouvement Momentum, un mariage de convenance entre la gauche trotskyste et l’islam radical. Un mouvement régi par les données démographiques et un populisme bien organisé.

Comme ailleurs en Europe de l’Ouest, une génération de jeunes musulmans nés dans le pays se rapproche de jeunes Britanniques anticapitalistes en quête de causes. Ils se rassemblent autour de Jeremy Corbyn, leur « oncle américain » Bernie Sanders à eux.

On les a recrutés en masse pour qu’ils s’inscrivent au parti, neutralisant ainsi le rôle des députés travaillistes en poste par une bascule d’influence, les députés étant dépassés par ces adhésions en nombre.

C’est cette nouvelle réalité qui sera invoquée à la date où l’on annoncera une élection générale. Celle-ci sera peut-être reportée après le Brexit, soit le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, prévu en mars 2019.

En renforçant son électorat avec ces nouveaux adhérents, Momentum « désélectionnera » de chacune de ses circonscriptions tous les membres du Parti travailliste dévoués aux valeurs démocratiques chères à l’ancien parti.

Ces travaillistes ne pourront plus représenter le parti ni présenter leur candidature à une réélection.

Après le Brexit, les membres du Parlement européen affiliés au Parti travailliste britannique devront quitter Bruxelles. Ils y perdront des avantages considérables. Ceux qui adopteront avec le plus de zèle la tribune et la rhétorique de Momentum trouveront une compensation dans le fait qu’ils seront « sélectionnés » pour rejoindre la rassurante circonscription travailliste, laissée vacante par les anciens députés « désélectionnés » du fait de leur fidélité à la démocratie.

Certains observateurs estiment qu’une résignation forcée de Jeremy Corbyn assainirait l’atmosphère délétère des travaillistes.

Cependant, la machine Momentum fera en sorte qu’il soit remplacé par un autre idéologue peut-être plus à même de glaner son public. Le nom de John McDonnell, chancelier de l’Echiquier du cabinet fantôme (en charge des finances du parti d’opposition) circule. C’est un personnage bien plus rusé et habile en politique.

La démission de l’éminent whip du parti, Frank Field, dégoûté par le problème de l’antisémitisme, constitue une contre-mesure. Il se déclare dorénavant « indépendant ».

Si une vague de démissions comme celle-ci de députés en poste qui risquent de ne plus être soutenus par leur parti survenait, un phénix de l’ancien parti qu’on appelle « le Nouveau Parti travailliste » pourrait bien renaître de ses cendres.

Il faut cependant émettre une réserve : le financement de leur campagne. En effet, financer à l’américaine des candidats indépendants n’entre pas dans la tradition britannique.

Pourtant, la création d’un tel bloc dévoilerait la réalité suivante : l’insidieux coup d’Etat actuel de Momentum est un marqueur – et pas seulement pour la démocratie du Royaume-Uni. C’est un signal pour le monde entier.

Le destin du Parti travailliste concerne bien évidemment les Juifs, mais ce n’est pas un problème juif. Un tel parti soviétisé, qui a vraisemblablement ses chances de prendre le pouvoir, doit être dénoncé par les champions de la démocratie du monde entier.