Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Times of Israel
le 3 janvier 2019
https://blogs.timesofisrael.com/the-blackening-of-the-paris-blue-train-restaurant/

Depuis son ouverture lors de l’Exposition universelle de 1901, Le Train bleu symbolise un sanctuaire pour les Parisiens et les visiteurs étrangers.

Installé dans la gare de Lyon, le terminus de tous les trains qui mènent au sud de la France, le restaurant a été fréquenté pendant l’Occupation par des officiers nazis, des collaborateurs de Vichy, la Résistance et des Juifs tentant d’échapper à la déportation en allant se cacher à Lyon, Marseille et Nice placée sous contrôle italien.

Le Train bleu est devenu après la guerre le rendez-vous du « gai Paris » et un lieu de pèlerinage pour de nombreux vétérans de l’armée américaine qui avaient débarqué en Normandie.

La semaine dernière, une photo a fait la une de la presse : on y voit l’équipe actuelle du Train bleu, le bras tendu en forme de « quenelle » – le salut hitlérien inversé.

Le monde gastronomique et ses admirateurs ont été stupéfiés de découvrir qu’un nouveau seuil de haine avait été franchi.

On rapporte que la « quenelle » a été inventée par Dieudonné M’Bala M’Bala, dont certaines déclarations lui valent d’être accusé d’antisémitisme. Ce geste exprime la haine des Juifs tout en permettant à ses auteurs d’esquiver procès et sanctions associés au salut hitlérien proprement dit.

Cet incident suscite maintenant sur les réseaux sociaux une vague de théories du complot antisémites, et l’image même du Train bleu en est « noircie ».

Il y a à Paris des points de rassemblement de néo-nazis bien connus, mais le Train bleu n’en fait pas partie.

Sa direction, basée à Londres, s’est engagée officiellement à mener une enquête et à congédier les responsables.

Il conviendrait en outre d’invoquer la jurisprudence sur les crimes haineux, qui dénonce comme « antisémites » : le salut « Sieg Heil » (bien entendu, lorsqu’il est intentionnel – et même lorsqu’il est détourné, comme dans la « quenelle »), les objets affichant une croix gammée et l’incitation à la haine. En droit français, ces faits et gestes constituent des circonstances aggravantes.

Jusqu’à présent, la plupart des juges sont réticents à infliger des circonstances aggravantes. Ils recourent à de longues périodes de détention aux fins d’évaluation psychiatrique, puis accordent aux antisémites une libération anticipée qui les réinsère dans la société.

La solidarité que l’équipe du Train bleu manifeste avec le nazisme représente une intention de pogromisation.

Il s’agira donc de juger les fautifs en conséquence. Le Centre Wiesenthal surveillera la procédure judiciaire de près.