Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Times of Israel
le 23 avril 2020
https://blogs.timesofisrael.com/the-new-version-of-the-lutheran-new-testament-is-not-good-news-and-should-be-called-out-by-all-christians-as-fake-news/

Au début du XVIe siècle, Martin Luther – le prêtre allemand qui initia le protestantisme – lança un appel aux pogroms contre les juifs et à la profanation des synagogues.

Tardivement, dans les années 1990, l’Église luthérienne condamna l’antisémitisme prôné par son fondateur. Une pâle copie de la déclaration Nostra Aetate catholique.

 Mais la branche américaine de cette Église changea son fusil d’épaule et, en 2016, vota en faveur de BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions). Elle demanda au gouvernement de cesser son aide financière à l’État d’Israël.

Il y a quelques semaines, la Danish Bible Society, émanation de l’Église évangélique luthérienne, a publié en ligne sa nouvelle version du Nouveau Testament, à l’attention de ses églises disséminées dans plus de quatre-vingt-dix pays. Cette nouvelle édition a excisé plus de soixante-dix références à « Israël ». La Terre d’Israël s’est transformée en « Terre des Juifs », les Enfants d’Israël sont devenus « les Enfants des Juifs ». Bien entendu, en appliquant cette politique à l’Ancien Testament, toute mention au patriarche Jacob lui dénierait son nouveau nom, « Israël [vainqueur, prince de Dieu] », donné pour éterniser sa victoire après sa lutte nocturne.

L’Église évangélique luthérienne est un membre actif du Conseil œcuménique des Églises à Genève, ouvertement anti-Israël.

Le pasteur Robert Smith, de la Fédération luthérienne mondiale, est signalé comme un champion du BDS. Il a déclaré : « Les anciens Israélites n’ont aucun lien, que ce soit de façon substantielle ou matérielle, avec l’État d’Israël moderne. L’histoire biblique d’Israël n’a presque rien à voir avec la réalité d’aujourd’hui, si ce n’est la manipulation des textes sacrés dans le but de justifier un projet politique. »

Mitri Raheb, un pasteur palestinien luthérien, a relevé de manière sarcastique que « ce n’est pas le Seigneur Dieu qui a promis la Terre à Israël. C’est Lord Balfour ».

Effacer Israël de la carte est la forme la plus pernicieuse d’usurpation d’identité d’un peuple ; ne refuser qu’au peuple juif son droit à l’autodétermination relève de l’antisémitisme flagrant – selon la définition de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), définition que les pays du monde entier ratifient progressivement.

En 2014, le Centre Wiesenthal avait organisé avec, curieusement, l’Unesco, une exposition intitulée « Le Peuple, le Livre, la Terre » – la trinité fondamentale qui définit le judaïsme. L’Église luthérienne a emprunté le chemin de la théologie de la substitution, ou supersessionisme, s’arrogeant le statut de « nouvel Israël », ce qui s’apparenterait à un exercice de néo-colonialisme.

En 2009, mon collègue Sergio Widder et moi-même avions assisté au Forum social mondial à Porto Alegre, au Brésil. C’était un point de rencontre entre l’extrême gauche et le djihadisme, un grand festival de haine contre Israël et ses amis non juifs. Cette année-là, un débat sur ce que l’on appelle « le document Kairos Palestine », préparé par le Conseil œcuménique des Églises, a eu lieu.

Un pasteur y a présenté sa thèse, dénonçant les expressions bibliques « peuple élu » et « terre promise » comme racistes, colonialistes et discriminatoires. La question a été résolue avec les arguments suivants : « Nous sommes tous des peuples élus » et « La terre est promise à tous ». Résultat : les juifs et leur terre sont éradiqués de l’histoire et de la géographie.

Si elle veut rester cohérente, l’Église luthérienne doit défroquer un autre de ses pasteurs luthériens, qui avait pris parti contre Hitler et passé sept ans de sa vie dans des camps de concentration nazis : Martin Niemöller, célèbre pour avoir clamé :

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste…
Quand ils sont venus chercher les juifs, je me suis tu, je n’étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester. »

Tous les vrais chrétiens doivent maintenant clamer haut et fort que cette nouvelle version luthérienne du Nouveau Testament est une « fausse nouvelle ».

Shimon Samuels est directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal. Il a occupé les fonctions de directeur adjoint de l’institut Leonard-Davis sur les relations internationales à l’Université hébraïque de Jérusalem, directeur pour l’Europe de la Ligue anti-diffamation (ADL) et directeur pour Israël de l’American Jewish Committee. Il est né au Royaume-Uni où il a suivi ses études, ainsi qu’en Israël, aux États-Unis et au Japon.