Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 31 mai 2020
https://www.jpost.com/opinion/does-an-international-campaign-to-ban-brit-mila-contribute-to-antisemitism-629796

Ce qui est considéré comme une attaque contre un principe fondamental du judaïsme peut être interprété comme une agression contre le peuple juif.

31 May 2020
Brit mila (photo Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post).

L’automne dernier, l’ONG américaine ARC (Attorneys for the Rights of the Child) a lancé une campagne sur l’intégrité corporelle intitulée Brussels Collaboration on Bodily Integrity. L’excision y fut mise en parallèle avec d’autres formes de circoncision, dont le rituel juif de la brit mila.

L’une des études au nombre des plus de quatre-vingt-dix présentées sur la plateforme dédiée était intitulée « Medically Unnecessary Genital Cutting and the Rights of the Child » (« Mutilations génitales sans raison médicale et droits de l’enfant »). Cette étude indiquait que la circoncision « ne s’applique pas seulement aux fillettes mineures, mais plutôt aux mineurs non consentants de tous âges, quel que soit leur sexe ou leur genre… Couper les parties génitales d’une personne sans son consentement représente une sérieuse violation de son droit à l’intégrité de son corps. Comme telle, cette pratique n’est moralement pas défendable… »

Ces articles, probablement écrits hors contexte, dénotent une piètre compréhension du rôle de la brit mila, pratiquée au huitième jour de vie des nouveau-nés mâles, depuis Abraham jusqu’à ce jour, en tant qu’une des trois étapes de la vie, avec la bar mitzvah à 13 ans et, éventuellement, le mariage. Au contraire, l’article en question prétend que « nombreux sont ceux qui reviennent sur les traditions culturelles ou les croyances religieuses avec lesquelles ils ont grandi, et ils les rejettent ».

Une autre étude de cette série, Female Genital Mutilation and Male Circumcision: Should there be a Separate Ethical Discourse? (« Excision et circoncision : faut-il avoir une réflexion éthique différenciée ? »), présente une contradiction qui laisse perplexe. « Dans le judaïsme, peut-on lire, seuls les garçons ont le droit de sceller leur alliance avec Dieu, ce qui est de prime abord sexiste. »

Dans son propre ouvrage, A Rose by Any Other Name, le directeur de l’ARC, Me Steve Svodoba, suggère qu’« aux États-Unis, il existe chez les Juifs laïcs et réformés une tendance, hésitante mais visible, à questionner la nécessité d’un tel rite ».

Dans une lettre que j’adressais à son auteur, je remarquais que « ceci peut être interprété comme une incitation à diviser le judaïsme ».

Plus inquiétant, le passage suivant de Steve Svodoba relate que « le docteur Abraham Wolbarst a eu le génie de percevoir que le moyen le plus sûr de préserver la circoncision mâle en tant que rite religieux au sein de la communauté juive était de la généraliser dans la société tout entière, au nom d’une mesure de précaution sanitaire nécessaire ».

Les lecteurs peuvent estimer qu’une telle déclaration, sans nécessairement vouloir être nuisible, laisse cependant la porte ouverte aux complotistes.

Dans l’Allemagne nazie des années 1930, les Juifs continuaient à pratiquer la brit mila en tant qu’acte de résilience et de résistance. En 2012, un tribunal de Cologne tenta de l’interdire. La communauté juive allemande, secondée par le Centre Simon Wiesenthal et d’autres organisations juives, s’indigna auprès des instances berlinoises qu’une telle loi puisse voir le jour en Allemagne, 67 ans après l’Holocauste. La décision fut ainsi annulée et une nouvelle loi instaurée pour protéger le droit à la liberté religieuse.

Maintenant, l’ARC semble faire de cette question un enjeu politique. Dans un premier temps, elle l’a soumise au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, puis, en 2019, sur une plateforme à Bruxelles – siège de l’Union européenne –, avec l’intitulé : « Medically Unnecessary Genital Cutting and the Rights of the Child – Moving Towards Consensus » (« Mutilations génitales sans raison médicale et droits de l’enfant – sur la voie d’un consensus »).

En fait, cet article a tous les airs d’un programme politique, avec des expressions telles que : « Déclarations éthiques claires d’instances médicales professionnelles », « Campagne sociale orientée vers l’éducation et la prise de conscience » et « Soutien moral et matériel aux dissidents des communautés qui pratiquent la circoncision ».

La déclaration suivante, relevée dans l’article qui affirme que « le fait de ne circoncire que les Juifs mâles est sexiste », soulève d’autres questions : « La circoncision mâle n’est jamais ‘‘une simple petite coupe’’. C’est souvent une intervention traumatisante ; elle est généralement très douloureuse, même pratiquée dans un cadre hospitalier… J’invite ceux qui lisent ce commentaire à regarder cette vidéo, qui montre une circoncision juive. »

La vidéo en question a été projetée après que Nelson Mandela eut décrit avec des détails sanglants la cérémonie de circoncision qu’il subit en Afrique dans des conditions atroces.

Je n’ai pas obtenu de réponse à la question que j’ai posée à Me Svodoba. Mais depuis que j’ai rendu cette lettre publique, je reçois un flot continu d’essais spontanés sur la circoncision. Aucun ne peut être considéré comme relevant de l’antisémitisme, mais on peut certainement estimer que tous y contribuent.

Ainsi, ce qui est considéré comme une attaque contre un principe fondamental du judaïsme peut être interprété comme une agression contre le peuple juif.

L’auteur de ces lignes est le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal.