L’adjointe à la maire de Paris « salue les représentants du Centre Simon Wiesenthal et les assure qu’ils ont tout le soutien de Paris dans leur travail infiniment précieux ».

Paris, le 22 septembre 2016

À 11 heures le 20 septembre – en cet onzième anniversaire de la mort de Simon Wiesenthal –, la Ville de Paris a inauguré la place Simon-et-Cyla-Wiesenthal en présence de leur fille, Paulinka Wiesenthal-Kreisberg, et de sa famille. Quelque cent vingt rescapés, anciens résistants, dignitaires de la municipalité, diplomates, responsables religieux et communautaires et membres du Centre Simon Wiesenthal-Europe ont assisté à cette cérémonie.

 

Place Wiesenthal

De gauche à droite : Richard Odier, président du CSW, André Rakoto, de l’Office national des victimes de guerre, Shimon Samuels, Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement, Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris, Mme et M. Wiesenthal-Kreisberg, Graciela Samuels, Ido Bromberg, attaché à l’ambassade d’Israël, Ilan Shulman, porte-drapeau de la Résistance.

La place Simon-et-Cyla-Wiesenthal est située dans le dixième arrondissement de Paris. Son maire, M. Rémi Féraud, s’est adressé aux personnes rassemblées pour l’occasion, suivi de Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris, et de M. Shimon Samuels, directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal.

La plaque porte cette inscription :

« À la mémoire de Simon Wiesenthal (1908-2005)

« qui consacra sa vie à traduire en justice les criminels de guerre nazis

« et de son épouse Cyla (1908-2003) qui se dévoua pour réaliser cette mission »

Plaque

Dévoilement de la plaque

Messages :

M. Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement de Paris :

« Le 10e arrondissement a payé un très lourd tribut à la barbarie nazie et à la déportation. Beaucoup d’enfants cachés ont aussi trouvé refuge dans notre arrondissement… Nous avons toujours accordé une place centrale au travail de mémoire, notamment en direction des plus jeunes…

« L’engagement plein et entier du couple Wiesenthal à traquer les criminels a participé de manière décisive à la prise de conscience, pour le grand public, de ces vies et ces destins brisés. Il a fallu un courage et une conviction bien solides pour entreprendre cette traque, à un moment où peu de monde voulait se pencher sur la question… Pendant de longues années, la Shoah n’intéressait personne…

« [Les Wiesenthal] ont aussi permis la création du Centre Simon Wiesenthal comptant plus de 400 000 membres, et participant à la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, au travail de mémoire sur la Shoah mais aussi du génocide arménien et du génocide des Tutsi au Rwanda… L’hommage que leur rend la Ville de Paris aujourd’hui est un beau symbole et une réelle fierté pour notre arrondissement. »

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Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris :

« … Plus de 70 ans après l’horreur, des femmes, des hommes et des enfants continuent d’être stigmatisés et assassinés au nom d’idéologies criminelles et fanatiques parce qu’ils sont juifs… ou tout simplement parce qu’ils aspirent à vivre ensemble, en paix et en liberté.

« Les actes odieux et criminels qui se sont produits à Paris l’an dernier visaient précisément à frapper la capitale au cœur de son identité… Nous devons agir pour que ces droits humains, si chèrement acquis au cours de l’Histoire, continuent toujours d’avoir raison sur le fanatisme, quel qu’il soit, d’où qu’il surgisse. Le Centre Simon Wiesenthal en a fait sa vocation, sa raison d’être.

« Je veux saluer ses représentants présents ce matin, et leur dire tout le soutien de Paris dans leur travail infiniment précieux.

« Inscrire les noms de Simon et de Cyla Wiesenthal dans l’espace parisien, c’est graver de façon indélébile dans notre mémoire collective ce qu’ils représentent, le sens de leur engagement, de leur combat, pour qu’à notre tour nous puissions nous en inspirer et faire face aux défis de notre époque… Par leur courage et leur détermination sans faille, Simon et Cyla Wiesenthal ont durablement marqué l’Histoire… Que leur combat pour la justice continue d’éclairer l’avenir de nos démocraties modernes. »

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M. Shimon Samuels :

« Aujourd’hui, un 20 septembre, marque aussi l’anniversaire de la mort de Simon Wiesenthal.

« J’ai eu le privilège de travailler avec Simon pendant près de vingt ans. Quand je lui ai dit, en 1988, que le siège européen de notre Centre ouvrirait à Paris, il m’a demandé : pourquoi Paris ? Je lui ai expliqué que cette ville allait représenter une plaque tournante pour notre travail sur ce continent, avec les plus grandes communautés juives et musulmanes d’Europe... Malheureusement, la France est victime du terrorisme antisémite, qui a dégénéré en menace pour tous. Ce qui confirme la première leçon de Simon : ‘‘Ce qui commence par les Juifs ne s'arrête jamais aux Juifs.’’

« Simon a survécu à six camps de la mort, avec un objectif très clair : obtenir justice. À sa libération, il a recherché sa femme, Cyla – la petite chérie de son enfance –, qui avait survécu par miracle en se cachant. À eux deux, ils avaient perdu 89 membres de leurs familles. Leur véritable victoire sur le nazisme vint avec la naissance de leur fille, Paulinka…

« Simon avait deux traits de caractère qui l’ont aidé dans sa pénible mission :

1. un sens de l’humour acéré

2. un amour et une foi en la jeunesse en tant qu’espoir pour un avenir meilleur.

Il avait même accepté une invitation à prononcer une allocution dans une université bavaroise pour un mouvement étudiant d’extrême droite, Teutonia. Le président l’avait présenté comme ‘‘Herr Wiesenthal, qui mange un premier nazi au petit déjeuner, un deuxième au déjeuner et un troisième...’’ Simon avait posé sa main sur le bras du jeune président et lui avait répondu avec une indignation feinte : ‘‘unmöglich, unglaublich – c’est impossible, impensable –, ma religion m’interdit de manger schweinfleish – de la viande de porc.’’

« Je crois que c’est avec les jeunes qu’il se sentait le plus heureux. J’ai ce souvenir de lui assis dans notre appartement, avec les camarades de classe de nos filles agglutinées avec adoration à ses pieds.

« Vers la fin de sa vie, il était accablé par la recrudescence de l’antisémitisme en Europe. Il m’avait confié qu’il souhaitait que sa femme et lui-même soient inhumés en Israël car il craignait que leurs tombes ne soient profanées si elles restent en Europe.

« Il m’arrive souvent de demander aux jeunes gens s’ils savent qui était Simon Wiesenthal. Dix ans après sa disparition, il est rare que j’entende une bonne réponse.

« Simon avait beaucoup d’amis en France. Quand il y venait en visite, il était entouré de résistants, comme Marie-Madeleine Fourcade, et d’autres héros. Presque tous ont aujourd’hui disparu.

« Paris, en honorant Simon et Cyla avec cette place, honore cette génération qui a tout sacrifié pour des valeurs que nous tenons maintenant pour acquises. Je souhaite que les enseignants amènent les jeunes sur cette place pour qu’ils aient la curiosité de chercher sur Google qui étaient Simon, Cyla et leurs camarades français, et pour qu’ils comprennent pourquoi ils méritent d’être commémorés. Notre présence ici aujourd’hui est un premier pas dans ce sens. »